Peu après la victoire d’Emmanuel Macron aux élections présidentielles, un nouveau temps fort électoral capte l’attention de l’Europe. Les deux tours tours du scrutin législatif de juin mettent en exergue la spécificité du système électoral français, représentant une véritable provocation pour les candidats LREM, qui doit à présent gérer le capital électoral amassé par Macron aux présidentielles.

Frédéric Petit, candidat LREM pour l’Europe Centrale, nous offre une perspective d’ensemble sur le scrutin législatif français, exposant ses objectifs politiques pour l’espace central-européen, dans le cadre de l’entretien accordé à Vladimir Adrian Costea, pour Europunkt.

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Vladimir Costea : Comment  définir  le  mouvement  La  République  en  Marche!  dans le paysage  politique  français? Quelles sont les spécificités de ce mouvement?

Frédéric Petit : Le mouvement se caractérise par le fait que des gens se sont rassemblés – il y a eu plus de 3,000 ateliers rassemblant plus de 60,000 personnes, pour approfondir les sujets et préparer le programme. Les français s’intéressent à la politique, au vivre ensemble, et ont saisi là une occasion de le faire directement, sans être obligés de prendre parti dans de vieilles querelles, sans être obligés d’affirmer des opinions tranchées immédiatement, mais dans la bienveillance, la réflexion commune… Bien évidemment, ce n’est qu’un début, parfois que des balbutiements, en particulier dans certains comités excentrés comme il y en a dans ma circonscription, mais c’est déjà une réussite impressionnante dans certaines grandes villes en Allemagne par exemple.

Il s’est donc passé quelque chose d’extraordinaire lors de cette présidentielle. J’ai vécu cette irruption de la participation citoyenne avec beaucoup d’enthousiasme. Au début de ma campagne, mon suppléant et moi-même avons partagé à la fois cet enthousiasme, la joie devant cet élan, et en même temps la responsabilité qui nous revenait à présent pour que cet élan, ce désir de faire politique au plus fort sens du terme par des millions de gens, ne fasse pas « pchittt » jusqu’à la prochaine présidentielle.

Quel est le changement de paradigme que propose La République en Marche en termes de distance entre le politique et le citoyen?

De façon très clair et très concise : la fin de l’opposition stérile entre « vieux partis ». Le citoyen qui veut aujourd’hui participer, ou même s’engager comme j’ai décidé de le faire moi-même, n’est plus obligé de commencer par « choisir un camp », mais peut immédiatement mettre son énergie et ses compétences au service des projets utiles au pays.

Quel est le rôle de la mobilisation de la société civile dans la prise de décision? Comment peut bloquer les acteurs de la société civile responsables dérive?

C’est bien évidemment une question qui résonne de façon particulière aujourd’hui en Roumanie. L’irruption des citoyens qui descendent dans la rue est sans doute parfois ponctuellement nécessaire pour marquer une limite. Mais cette façon de participer là, en foule, non organisée, hétérogène, atteint très rapidement ses limites si elle ne s’accompagne pas d’une prise de responsabilité par des acteurs de la société civile. Les citoyens concernés par l’avenir de leur pays, par les nouveaux défis de la construction européenne, des modes du « vivre ensemble » dans une société très numérisée, ne peuvent se contenter de dire de temps en temps « NON ! », ne peuvent se contenter de se déclarer « insoumis », il faut bien qu’à un moment nous posions des actes positifs, que nous construisions, que nous choisissions une route plutôt qu’une autre, ce qui se fait dans la réflexion, dans la prise de responsabilité, dans le moyen et le long terme, et pas dans la rue.

Je considère comme une priorité de mon action de député maintenir l’élan de participation citoyenne que nous venons de connaître, afin que les remontées d’informations et les propositions du terrain puissent remonter tout au long du mandat, et pas seulement une fois tous les cinq ans.

Comment interprétez-vous la présence de premier tour des électeurs extrêmement faible des élections générales? Quel est le signal qu’ils ont soumis les candidats?

Dans notre circonscription, tout d’abord, la participation doit être analysée de façon précise. Nous sommes encore très loin de ce qui devrait être le minimum, mais nous sommes passés, entre les élections législatives de 2012 et celles de 2017, d’environ 21,000 votants à 27,000 votants (et de 23% à 25% de taux de votants/inscrits), et cela alors que le vote électronique était en place en 2012 mais pas en 2017. C’est donc une progression, que je mettrai toute mon énergie une fois élu à renforcer.

De façon générale, et au vu des résultats, il me semble qu’une partie de l’abstention en France est plutôt due aux électeurs des partis traditionnels un peu désemparés.

Quels  sont  vos  objectifs  pour  la  région  de l’Europe  Centrale?  Comment  décririez-vous  des  pays comme la République tchèque, la Roumanie et la Pologne en termes de parcours européen?

J’ai de la chance : cette circonscription a une logique, elle représente les Français du cœur de l’Europe. Il est important aussi pour cela qu’elle marque par mon élection un engagement clair et sans ambiguïté derrière le programme de relance européenne d’Emmanuel Macron.

Je connais, je sillonne (même aux temps héroïques du rideau de fer), je vis, je travaille dans cette circonscription, j’ai été responsable d’usines en Tchéquie, en Roumanie à Turda, en Hongrie, en Serbie, en Pologne bien sûr, j’ai vécu avec un grand bonheur et un grand respect la modernisation de l’ex-Allemagne de l’Est, ma famille est multiculturelle… Je suis chez moi !

Il faut aborder les problématiques particulières des français de l’étranger par l’angle de la richesse qu’ils apportent à la France et à leurs pays d’accueil. Cette richesse est irremplaçable, depuis des siècles d’ailleurs…

Un des objectifs affirmés du programme d’Emmanuel Macron est de développer la participation des Français de l’étranger à la dynamique nationale. Les Français de l’étranger sont en effet les représentants de la France et de ses valeurs partout à travers le monde. Engagés dans la vie économique et sociale de leur pays de résidence, riches de la diversité de leur parcours et de leurs histoires, ils participent pleinement au rayonnement économique, linguistique et culturel de notre pays. On ne compte plus le nombre de réussites de Français à l’international : entrepreneurs, salariés, chercheurs ou artistes. Les Français de l’étranger n’ont pas mis leur nationalité, leurs droits, leurs devoirs et attachement à la France entre parenthèses. Il faut donc leur redonner toute leur place.

Un autre objectif essentiel est d’ouvrir le temps du débat et du rétablissement de la confiance en l’Europe. Aujourd’hui, ces débats européens sont trop souvent perçus comme lointains et techniques, sans que les citoyens ne puissent véritablement intervenir. Demain, les bases de la nouvelle Union européenne seront posées à l’issue d’une large consultation citoyenne, aux niveaux national et européen. Il s’agit de fédérer les peuples d’Europe, que ce soient les peuples qui adhèrent au projet européen, pas les politiques qui changent en permanence. Nous proposerons à nos partenaires de lancer dans toute l’Union européenne des conventions démocratiques dès la fin 2017.

Dans quelle mesure on enlève le danger du populisme et euroscepticisme après les victoires obtenues par Macron et La République en Marche?

Je pense qu’il existe aujourd’hui en Europe deux sortes de dangers nationalistes, qu’il convient de distinguer. Le premier est le réflexe nationaliste du recroquevillement, du manque de compétence ou de la mauvaise compréhension de la réalité, de l’amnésie historique, des erreurs de jugement,…  La montée de ce populisme-là doit être combattue par des moyens politiques, par le débat républicain éclairé et éclairant, ce qui a pour moi été symbolisé par le débat de l’entre-deux-tours entre Mme Le Pen et M. Macron.

Et c’est notre défi aujourd’hui, et ce que nous allons essayer de faire pendant les années qui viennent.

Il me semble cependant qu’il existe aussi une montée d’un nationalisme beaucoup plus violent et organisé, certes encore extrêmement minoritaire, mais qui assume des positions racistes, guerrières et destructrices. Celui-ci ne pourra être résolu uniquement par des réponses politiques, aussi réussies soient-elles. C’est une inquiétude pour moi aujourd’hui.

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Frédéric Petit, MoDem, vient d’être investi le 12 mai par La République en Marche pour cette 7ème circonscription. Ce territoire inclut l’Allemagne, l’Europe centrale et orientale. Ingénieur Energie et Environnement, ayant exercé en France et à l’étranger dans des grands groupes et des PME, il est désormais chef d’entreprise, basé à Varsovie. En parallèle de sa riche expérience professionnelle, il a dirigé pendant plus de 15 ans de gros projets sociaux et associatifs en France. Quant à son son expérience politique, elle passe de la mairie de Maizery au Parlement Polonais (Commission Environnement – Loi sur les déchets, 2007-2009) à la COP 15 de Copenhague et à l’association des villes minières d’Europe.

 

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